L'accompagnement
Origines
- Le mot
"accompagnement" appliqué aux
mourants, vient probablement des milieux religieux, avant de se
laïciser, puis d'être officialisé.
- La démarche, quant à elle, relève d'une revendication
en faveur des mourants, née d'un conflit croissant entre
une médecine de plus en plus technicienne, et une exigence
qui se manifestait chez les soignants en faveur "d'autre chose" (R.-W.
Higgins), référé à plus de
respect.
- La définition, quant à elle, ne manque pas
d'ambiguïté, signifiant, selon les cas
"se joindre à
quelqu'un" ou "le conduire, le guider", ce
qui n'est peut-être pas sans relation avec le
développement de différentes conceptions de
l'accompagnement, démarquées par la nature de
l'écoute qu'elles convoquent.
L'accompagnement
dirigé
En conformité avec une lecture
littérale des travaux d'E. Kübler-Ross, certains ont pu
régler la démarche d'accompagnement sur "les stades du
mourir", entretenant pour tous l'objectif et l'espoir d'une acceptation sereine de la mort dans une illusion de "bonne mort", sous la réserve
d'un accompagnement dirigé.
Critiques
- Dans cet accompagnement dirigé, le
malade ne risque-t-il pas, une fois de plus, de perdre sa position
de sujet ?
- R.-W. Higgins, pour sa part, (JALMALV,
décembre 1990) y voit une abondance
" d'illusions de
complétude, de
dénégation de toute violence, …, de certitude de
détenir l'arme absolue contre la tentative
euthanasique… ".
- S'écartant également de cette
position, J. Pillot (JALMALV, décembre 1990) replace le
texte d'E. Kübler-Ross dans son contexte et souligne des
nuances qu'une lecture rapide tend à omettre (à
propos, notamment, de la succession des différents stades,
et surtout de la fameuse acceptation qu'elle distingue nettement
d'une "étape
heureuse" et qu'elle décrit,
plutôt, comme une étape "presque vide de sentiments").
L'écoute empathique,
l'écoute active de la parole
A partir de là, se libérant d'une
conception imaginaire, l'accompagnement peut emprunter des formes
plus ouvertes justifiant des démarches différentes.
"Moins on est directif, plus le sujet peut s'ouvrir" (S. Bevan).
- Pour P. Verspieren ("Face à celui qui
meurt", 1984), le mourant a un chemin à parcourir, fait de
désaisissement de ce à quoi il s'est attaché ; un
travail de deuil. L'accompagnement consiste à apporter une
aide discrète à chacun des stades de l'évolution du
malade afin que, entendu dans ses souffrances, il lui soit
possible d'évoluer dans le temps.
- Pour A. de Pontiniac (Revue Laennec, printemps
1984, p. 18), "il s'agit d'être
une présence vivante à
l'écoute, non d'un mort en puissance, mais de celui qui vit
l'expérience d'une phase importante de la vie". En quelque
sorte, par la présence des vivants, l'avancée
initiatique dans cette expérience du mourir retient le
malade parmi les vivants, assure son respect et l'aide à
vivre pleinement jusqu'à sa mort.
- C. Jomain ("Mourir de tendresse")
élargit l'accompagnement aux soins du corps qui participent
au soutien moral et peuvent constituer le support de la relation.
On s'éloigne donc bien d'une conception
imaginaire, hyper-relationnelle, de l'accompagnement
("En croyant savoir et maîtriser, on
risque de museler, à nouveau, la parole en fin de
vie" (J. Pillot)), au profit d'une double
approche, communautaire et de "compassion".
- Par son aspect
communautaire, c'est l'ensemble du
groupe multi-disciplinaire (famille,
amis, soignants, médecins, bénévoles etc…)
qui peut répondre à la diversité des besoins
du patient.
- Par l'écoute "du patient qui va mourir, nous sommes conviés
à la compassion : je
parle de compassion, mais ce n'est pas une pitié qui
s'attendrit sur elle-même et se nourrit de soi ; la
compassion, c'est la contagion, le contact d'être les uns
avec les autres dans ce tumulte du monde. Ni altruisme, ni
identification : l'ébranlement de la
contiguïté brutale. Nier la mort, c'est refuser de
s'exposer à cet ébranlement qui fait de nous des
vivants" (G. Bailhache, Les Etudes,
1996).
D'une façon plus générale,
"il ne nous appartient pas de fixer la
modalité de la mort de l'homme" et,
trop souvent, les média accentuent l'illusion selon laquelle
la pratique des Soins Palliatifs est susceptible de conduire à
une belle mort.
"En acceptant de perdre nos illusions, nous permettrons de contribuer
au passage d'une société qui dissimule la mort,
à une société qui sait y faire face"
(L.
Bounon, JALMALV, décembre
1990).
L'accompagnement est , avant tout, un
esprit d'ouverture à la
rencontre (L. Bounon). "On reconnait
l'esprit d'ouverture qui préside à la rencontre,
lorsque nous nous laissons déprendre de ce qu'il y a de
projectif (ce qui est nous) dans notre démarche" (D. Vasse).
En périphérie du malade,
l'accompagnement de la famille, et notamment des enfants, avant comme
après le décès, s'attache également
à soutenir le processus du deuil.