L’activité médicale de LA MIRANDIERE

Bilan de 5 ans de fonctionnement (1993 - 1998)

J Girardier

Les principes du fonctionnement médical de l’USP ont été précisés bien avant son ouverture. Ils ont été élaborés pour répondre au mieux à sa mission : promouvoir les Soins Palliatifs en Bourgogne. Ils n’ont pas été modifiés depuis. Après 5 ans de fonctionnement il nous a paru intéressant de faire le point et d’avancer quelques réflexions à la suite de l’expérience acquise.

L’activité médicale doit se faire dans deux directions :

 Ces exigences ont présidé aux choix suivants :

Le fonctionnement médical a été décrit avec précision dans la convention qui lie l’USP aux tutelles, signée le 1er juin 1993 et modifiée le 10 janvier 1995. Il comporte 3 rubriques :

1°- les critères d’admission

L’USP prend en charge les patients, adultes, atteints de cancer ou de SIDA, en phase avancée de leur maladie :

lorsque tout traitement à visée curative paraît dépassé

pour soulager un symptôme, en particulier la douleur.

 

2°- modalités d’admission

L’évaluation préalable est indispensable avant toute admission.

 Avantages :

inconvénients :

La décision d’hospitalisation est prise une fois sur deux. Dans les autres cas le malade est laissé là où il est, soit parce que c’est trop tard (…) soit parce que quelques conseils suffisent.

3°- l’hospitalisation vise deux principes essentiels :

 On peut rappeler ici le but des soins palliatifs : faire au mieux pour que le malade traverse la dernière étape de sa vie soulagé et entouré et qu’elle soit pour lui l’ultime étape de sa croissance (E. Kubler Ross)

Quelques chiffres cités en annexe

4°- le devenir des malades hospitalisés

La grande majorité terminent leur vie à l’Unité

Un petit nombre peut quitter l’Unité : entre 15 et 20%, soit parce que le symptôme qui avait motivé l’hospitalisation a été soulagé, soit parce que la situation a évoluée favorablement de façon inattendue. Les malades regagnent leur domicile mais il est arrivé qu’ils retournent en institution pour la reprise d’un traitement curatif.

COMMENTAIRES

1°- sur les critères d’admission

Ce n’est pas tant la maladie qui conduit à nous solliciter que l’état de souffrance du malade. Ce sont les problèmes autour de la fin de vie qui nous appellent à intervenir.

Cette constatation conduit à recentrer nos critères d’admission autour de deux conditions :

Selon ces critères on ne tient plus compte du diagnostic de la maladie mais l’accent est mis sur la problématique de la fin de la vie, ce qui est plus conforme à la philosophie des soins palliatifs français. Il est regrettable que l’admission de nos malades soit soumis à un diagnostic de maladie.

Pour autant, sur le plan médical, chaque pathologie comporte des problèmes spécifiques qui posent la question de la compétence de l’équipe de l’USP. Il y a des malades que nous pouvons prendre en charge et d’autres qui sortent de notre compétence et que nous ne pouvons prendre (ex : la maladie d’Alzheimer, certaines démences, la psychiatrie lourde, la polypathologie des personnes âgées etc…) a moins d’être aidés par des intervenants extérieurs. On ne peut pas soigner tout le monde.

 Qu’est-ce qu’un malade en fin de vie ?

2°- L’évaluation

Elle représente une réelle originalité dans le fonctionnement de l’USP et il faut a tout prix la conserver même si cela demande des efforts en dotation de personnel ( en particulier médical). Là encore avec la formation des médecins et des soignants on devrait arriver à diminuer le nombre des transferts et avec quelques conseils laisser les malades là où ils sont. Il est vrai qu’en fin de vie la meilleur solution pour le malade est de ne pas le bouger. Il y a là un paradoxe qui doit alimenter nos réflexions. Il faut veiller à remplir l’Unité et en même temps il ne faut pas que cette contingence influence le médecin dans ses choix. On rejoint ici un problème éthique plus général : éthique médicale et gestion.

La décision d’hospitalisation appartient à l’équipe qui évalue mais aussi au malade et à sa famille. Maintenant que la Mirandière est connue les attitudes sont plus claires :

L’admission soulève deux autres préoccupations :

 3°- L’Hospitalisation

 Deux impératifs guident nos actions : soulagement et confort de vie (ou qualité de vie)

Les soins palliatifs répondent aux règles déontologiques communes à toute pratique médicale, avec une réflexion éthique renforcée.

Pratiquement nous faisons le constat que nous avons un peu trop négligé la place de la pharmacie dans cette maison bien que les budgets étaient prévus et n’ont pas été trop dépassés.

.Ces soins sont indissociables de tout ce qui concerne l’accompagnement, la présence à la souffrance. L’écoute est privilégiée ainsi que le souci de répondre en vérité aux questions que le malade se pose. Le respect de la personne passe par le respect de ses choix et nous devons nous interdire de l’influencer d’aucune façon. Il faut lui laisser le temps de penser et de dire. Chez ces malades fragiles et vulnérables le temps ne compte plus. Cependant ils sont menacés par l’abandon, l’isolement, l’ennui et l’attente passive de la mort. L’USP est un lieu de vie, de chaleur humaine où la convivialité doit tenir une grande place pour que ces malades restent des vivants jusqu’au bout.

 Pour remplir cette mission il faut beaucoup de monde et jamais nous n’avons remis en question la composition de l’équipe soignante. Celle-ci doit être aidée par des bénévoles et il convient de poursuivre notre collaboration avec JALMAV.

 4°- Le devenir des malades.

La majorité des malades finissent leurs jours à l’USP et nous devons nous efforcer que ces fins de vie se passent le moins mal possible et en tout cas que les malades et leurs familles trouvent toujours une présence aidante.

Il y a quelques malades qui, contre toute attente s’améliorent :

CONCLUSION

 Il est difficile d’évaluer notre action

L’hospitalisation à l’USP est toujours marquée par la souffrance, la souffrance de la séparation et de la mort. Elle ne pourra jamais être soulagée complètement.

Le nombre élevé des témoignages de gratitude des familles est encourageant.

Les reproches existent et ils sont inévitables. Ils nous aident à recentrer notre action et à l’améliorer sans cesse.

La Mirandière est en route et son travail est loin d’être terminé :

Les soins palliatifs doivent sans cesse être améliorés et nous avons un gros travail de recherche à poursuivre.

Les médecins et soignants de la région doivent être formés

Les soins palliatifs posent un réel problème de santé publique. Il faut que les malades qui sont arrivés à la fin de leur vie trouvent des lieux pour les accueillir et des équipes formées aux soins palliatifs. Il faut éviter au maximum de les transférer loin de leur lieu de vie dans des lieux spécifiquement réservés à la gestion de la fin de vie. L’USP doit contribuer à bâtir ce nouveau secteur de soin, c’est le but du réseau.

Enfin les SP nous renvoient à l’éthique et la médecine a grand besoin aujourd’hui de lieu ou on s’interroge sur le bien-fondé de nos actions. L’USP doit être un de ces lieux.