L'ETHIQUE DE LA DECISION

D.I.U. de Soins Palliatifs (Dijon - Nancy)

J. Girardier

Je n'aborde ici que la question de la décision médicale.

L'exercice de la médecine peut se résumer en la rencontre de deux personnes: le malade qui vient exprimer une plainte, une souffrance, et le soignant qui est convoqué à agir pour le soulager et si possible le guérir.

Convoquer à agir suppose de prendre des décisions. Celles-ci sont parfois simples et sans conséquences importantes mais d'autres fois lourdes et graves.

Or si jadis la décision médicale ne posait guère de problème et apparaissait indiscutable, il en est tout autrement aujourd'hui car les conditions de la médecine ont changé:

 

Généralités préliminaires (que j'emprunte à Xavier Dumortier)

 

La visée de la décision en médecine

 Elle doit être étroitement liée au questionnement éthique:

Au total: comment faire bien?

 Du point de vue de la visée, la décision doit faire référence au principe de bienfaisance qui suppose la recherche

avec en toile de fond des repères fondamentaux ayant valeur universelle: vérité, liberté, justice solidarité.

 

Les principes qui servent à la décision

Ils sont là pour éclairer les actions des hommes. Il est indispensable d'en tenir compte.

La multiplicité de ces principes rend compte de la pluralité des opinions. Pourtant il est possible de dégager un principe universel, la Loi qui fonde l'humain et devrait présider à toute décision: le respect de la dignité de la personne, avec les 3 interdits énoncés par JF Malherbe:

 

Les difficultés de la décision ont de multiples causes

1) Le polymorphisme des situations

2) L'incertitude toujours présente

3) D'une façon plus générale est-ce facile de discerner dans l'instant ce qui est bien pour le malade sans juger uniquement dans l'après coup ?

4) La décision doit tenir compte de l'engagement des personnes

La décision concerne directement un groupe de personnes. Non seulement le malade et son médecin mais aussi les familles et les soignants. Elle doit se prendre dans le respect des personnes soignées et qui soignent en mesurant les effets immédiats et à long terme.

La nécéssaire ouverture au dialogue:

Ce dialogue est souvent éprouvant et contraignant en particulier en soins palliatifs en raison d'une incertitude encore plus grande qui rend l'argumentation délicate et discutable.

5) La difficulté de faire coincider la décision avec les principes

Il va sans dire que l'exercice médical comme d'ailleurs tout autre exercice professionnel recquiert des vertus indispensables qui nous renvoient aux valeurs morales fondamentales: compétence, honnêteté, probité, respect d'autrui. Il est très regrettable d'avoir à reconnaitre, qu'ici comme ailleurs, ces valeurs sont parfois mises à mal... et ceci porte un coup à l'honneur de la profession.

Face à la pluralité des situations il n'est pas toujours facile d'agir dans le respect absolu des principes. L'expérience, la compétence et les lois ne suffisent pas à éclairer toutes les décisions. Fondamentalement le soignant est imprégné de valeurs morales et il sait bien ce qui est de l'ordre du bien et ce qui l'est moins. Pourtant face à l'homme qu'on soigne il n'est pas toujours facile de faire coincider le respect des valeurs et ce qui parait le plus humain pour lui. conserver l'estime de soi et l'estime de l'autre pose parfois des cas de conscience difficiles. Certes, avant tout le médecin ne doit pas nuire ( primum non nocere) mais ce n'est pas en ne faisant rien qu'il rendra nécéssairement le meilleur service à son malade. En se référant au principe du double effet, chaque entreprise thérapeutique apporte des bénéfices mais aussi des inconvénients. La bonne décision est celle qui a choisi la formule la plus profitable pour le malade Des choix s'imposent qui conduiront parfois à rechercher le moindre mal ou la moins pire

Il est facile de se retrancher dérrière ses principes: c'est confortable mais est-ce la meilleurs façon de servir l'homme? Il est facile de vouloir garder les mains propres en désincarnant le vivant qui se cache derrière les concepts (c'est d'un contemporain...). En revanche il existe un grand danger de se démarquer des principes, en particulier moraux et de se dédouaner derrière une éthique propre ou très influencée par l'évolution des mentalités du moment.

La décision éthique impose un gros travail de la conscience morale pour discerner la meilleure attitude face aux choix qui sont proposés: c'est la question de la clause de conscience.

Y a-t'il une place pour la transgression ? Il peut surgir des circonstances où suivre la loi parait moins humain que de la transgresser. Un tel agissement doit rester l'exception et surtout rester dans l'esprit de celui qui en prend la responsabilité une décision grave dont il aura a subir les consequences.

6) La responsabilité médicale

La prise de décision est étroitement liée à la responsabilité. Le médecin est responsable de ses actes, il a à en répondre devant quelqu'un, devant la société. Cette responsabilité l'engage en tant que personne. Il ne saurait y avoir de responsabilité partagée et encore moins de responsabilité collective en médecine. Le médecin peut s'appuyer sur son équipe pour préciser son action mais en définitive il est seul responsable. Sa liberté est indispensable, le médecin doit agir en toute indépendance.

Malheureusement cette responsabilité est aujourd'hui remise en question et la multiplication des affaires judiciaires sont là pour le confirmer. Il y a donc un risque certain que devant cette tendance nouvelle les médecins n'osent plus décider et s'en remettent à l'avis de leur malade après leur avoir fourni en vrac toutes les informations les concernant.

 

Quelques points de repère:

 

La décision éthique doit être structurée