DEONTOLOGIE ET ETHIQUE

J. Girardier

Le médecin, au service de l'individu et de la santé publique met sa compétence à la disposition du blessé, du malade et du handicapé. Il doit agir dans la recherche constante du bien pour celui qui s'est confié à lui. Ce bien est défini dans la célèbre citation d'Ambroise Paré: guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours.

En tant que personne et citoyen il doit se plier aux lois de la cité qu'il doit respecter comme tout le monde.

Mais l'exercice médical fait entrer le médecin dans une relation très particulière avec la personne soignée:

Ce que la loi condamne pour les autres concitoyens, elle l'autorise pour les médecins à la condition qu'ils agissent toujours dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité.

Dans ce contrat confié par la Société et passé entre patient et médecin, sont requises non seulement des compétences mais aussi des qualités humaines indispensables à toutes vocations médicales: honnéteté, probité, empathie, respect et discretion. Depuis la plus haute antiquité ces vertus ont été exigées. Elles sont contenues dans le serment d'Hippocrate qui aujourd'hui encore reste toujours en vigueur.

L'exercice médical donne au médecin un pouvoir qui peut être considérable pour le bien de l'homme mais ou toutes les menaces sont possibles. Il est indispensable de le baliser et donc d'établir des règles et des devoirs pour en définir le cadre. C'est l'objet du code de déontologie. Selon le littré:la déontologie peut être définie comme la science des devoirs. Sa première rédaction est parue au journal officiel du 28 juin 1947 et depuis il a subi plusieurs modifications. Le code actuelle date de 1995. Il fixe les devoirs du médecin, les droits du malade, et les principes des relations confraternelles, toujours dans l'intéret des malades. Il protège les patients contre tous les excès et permet aux médecins d'avoir un cadre précis auquel ils puissent se référer.

Ce code ne peut pas tout résoudre et répondre à toutes les situations singulières. Il reconnait la place de la conscience professionnelle dans certains cas difficiles et reprend à son compte les exigences vertueuses que recquiert l'exercice de la médecine. " Tout acte médical normal n'est et ne peut être qu'une confiance qui rejoint une conscience"( L. PORTES) c'est le coté moral de l'exigence déontologique.

C'est pour être garant de cette déontologie que le Conseil de l'Ordre des médecins a été créé par l'Etat par ordonnance du 26 septembre 1945. Faisant office de tiers entre les patients, les médecins et l'autorité politique et judiciaire il est là pour l'enseigner et l'expliquer dans les cas difficiles mais aussi par sa juridiction disciplinaire pour juger et condamner ceux qui ne la respecte pas. C'est le coté plutôt normatif ou légal du code que tout médecin doit respecter sous peine de sanction.

L'éthique médicale est une réflexion qui est née de 3 constatations:

L'éthique est un questionnement qui peut s'énoncer ainsi:

"Quoi faire pour bien faire? pourquoi? comment?"

ou encore:

"A quelle condition les progrès de la médecine peuvent-il servir l'homme sans l'asservir"

Elle a pour but de tenter de faire coîncider les actions des hommes avec les règles de la morale.

 

L'éthique met donc en tension le questionnement sur la bonne décision à prendre et le respect de la LOI morale.

Face a la diversité des situations, lorsque le questionnement éthique est sollicité la solution ne va jamais de soi.

Contrairement à la déontologie l'éthique renvoie sans cesse à l'incertitude et pourtant elle appelle à l'action. La réflexion éthique ne peut que formuler des avis ou des recommandations mais ne peut s'ériger en loi.

L'éthique ne doit pas suivre l'influence de l'évolution de l'opinion publique.

De même elle ne doit pas courir après la science et donner des avis dans l'après coup.

Notre époque moderne est marquée par la valorisation de l'autonomie de la personne qui revendique le droit a chacun de donner son avis sur tout ce qui touche à sa santé, à sa vie et même à sa mort. Au nom de la liberté dans une société qui se distancie de la morale jugée trop déssuète chacun veut pouvoir choisir ce qui lui semble bon pour lui sans être nécessairement soumis aux règles de la collectivité. Chaque individu se façonne ainsi une éthique propre sur tout ce qui le concerne.

 

Le code de déontologie dans sa dernière mouture tient compte de cette évolution dans tous les articles ou il précise les différents droits du malade et le respect de sa volonté. Plus que jamais le médecin doit en tenir compte.

Les progrès de la médecine produisent des techniques nouvelles qui sont proposées au grand public à grand renfort médiatique (les médecins ne sont pas étrangers à cette publicité). Les patients en revendiquent l'application pour eux-mêmes en passant par dessus l'avis du généraliste pour recourir directement a un avis spécialisé.

Les textes relatifs à l'organisation de la Santé publique reconnaissent aux assurés des droits analogues à ceux des consommateurs.

C'est dans un tel paysage nouveau que le médecin doit exercer son art. Son indépendance et son questionnement éthique sont soumis à rude épreuve. 3 solutions se présentent à lui : la première consiste à se retrancher derrière ses principes et n'accepter aucune discussion. La seconde est de ne formuler aucun avis et de laisser le malade entièrement libre de choisir. La troisième, et qui est la plus éthique mais aussi la plus exigeante, consiste à instaurer un dialogue pour trouver ensemble la solution la meilleure ou la moins mauvaise. Mais pour cela il est indispensable que cette démarche éthique soit structurée et s'appuie sur une éthique de la discussion.

 

L'exercice de la médecine de la fin de la vie représente un terrain privilégié pour le questionnement éthique. Citons les grandes questions à débattre:

Pour essayer de répondre à toutes ces questions il convient de ne pas se laisser glisser dans le débat polémique toujours stérile, mais plutôt de reconnaitre la gravité des problèmes posés, de les entendre et surtout de ne pas les éluder.

J'ai quand même entendu dire qu'avec le développement des soins palliatifs le problème de l'euthanasie ne devait plus se poser...

 

Face à toutes ces questions l'avis de chacun est important : malade, famille, médecins, soignants.

Là plus qu'ailleurs, les mots prennent une résonnance particulière: dignité, liberté, respect de la personne.

Face à ces questions toujours difficiles ou les décisions sont graves l'éthique va rechercher la meilleure solution pour l'homme ou la moins mauvaise. C'est la question du bon sens qui est en jeu ou bien la recherche du moindre mal en tenant compte des principes déontologiques. L'éthique impose un gros travail de la conscience morale critique en osant parfois prendre une certaine distance par rapport aux principes. Malheur à celui qui préfère le confort du respect absolu des lois à l'écoute de la situation particulière de cette personne en grande souffrance et qui crie à l'aide. Il y a des cas, exceptionnels certes ou le médecin aura à choisir entre le confort des principes et la décision hasardeuse et dangereuse d'un écart voire d'une transgression au nom de l'humain. Est-ce une faute lourde?

Mais attention ! Au nom de l'autonomie et de la liberté il faut éviter que les médecins ne cultivent une éthique propre qui leur permettraient de se dédouaner de la déontologie. Il faut tout faire pour s'acrocher aux principes en essayant de les rendre universels. C'est sur la déontologie que doit reposer l'exercice de la médecine. Mais c'est sur l'éthique que le médecin doit construire en conscience son action dans un soucis de participer à la construction de l'humanité et ceci ne peut se faire que dans le respect de la Loi morale.