Recommandations de l'EAPC sur l'utilisation de la morphine chez les patients atteints de cancer (1992).

Le texte intégral a été publié dans le British Medical Journal du 30 mars 1996, Vol. 312, pp-823-826.

 

 (1) La prise orale est la voie préférée d'administration de la morphine. Dans les meilleures circonstances, on devrait pouvoir choisir entre deux formes de morphine orale: la libération immédiate (pour le dosage initial) et la libération prolongée (pour le traitement à long terme).

 (2) La posologie la plus simple est une dose de morphine à libération immédiate toutes les 4 heures et la même dose pour les douleurs aigües. Cette dose supplémentaire peut être donnée aussi souvent que nécessaire (par exemple, toutes les heures), et la posologie quotidienne de morphine peut être réévaluée chaque jour. La dose régulière peut ainsi être modifiée en prenant compte du nombre de doses supplémentaires qui ont été données.

(3) Si la douleur n'est pas contrôlée avant la prise suivante, on doit augmenter la dose initiale. En général, la morphine à libération immédiate est efficace toutes les 4 heures et la morphine retard toutes les 12 heures.

(4) La morphine à libération immédiate n'est pas disponible dans tous les pays bien que cette forme soit la meilleure pour une prise en charge optimale de la douleur). Il convient d'adapter la posologie si on commence le traitement avec la morphine à libération prolongée.

(5) Pour un patient recevant une dose de morphine a libération immédiate toutes les 4 heures, une double dose au coucher permet de prévenir les douleurs nocturnes.

(6) Il est quelquefois nécessaire ou préférable d'administrer la morphine retard toutes les 8 heures. 

(7) La morphine retard est disponible sous plusieurs formes. Il n'y a pas de preuves que ces présentations varient en terme de délai d'action ou d'efficacité.

(8) Si un patient ne peut pas tolérer la morphine par voie orale, on peut proposer la voie rectale ou la voie sous-cutanée.

(9) La biodisponibilité de la morphine est la même par voie orale ou rectale et le délai d'action est le même.

(10) Le coefficient d'équiantalgie entre la voie orale et la voie rectale est de 1: 1. 

(11) Les comprimés de morphine retard ne doivent jamais être pilés ou administrés par voie rectale ou vaginale. 

(12) La morphine peut être donnée par injection sous-cutanée de bolus toutes les 4 heures ou par perfusion sous-cutanée continue. 

(13) Le coefficient d'équiantalgie entre la voie orale et la voie sous-cutanée est de 1:2.

(14) Il vaut mieux éviter la voie intramusculaire pour contrôler la douleur cancéreuse car la voie sous-cutanée est plus simple et moins douloureuse. 

(15) Des opioïdes tels que la diamorphine au Royaume-Uni et l'hydromorphone ailleurs sont utilisés sous forme parentérale à cause de leur solubilité.

(16) Il vaut mieux éviter la voie sous-cutanée chez le patient (a) avec oedème généralisé; b) susceptible à l'érythème, à la douleur, ou aux abcès stériles; c) avec des problèmes de coagulation; (d) avec une mauvaise circulation périphérique. Dans ce cas, la voie intraveineuse est préférable. La voie intraveineuse peut aussi convenir au patient porteur d'une chambre d'injection sous-cutanée ou d'un cathéter placé dans un gros tronc veineux.

(17) Le coefficient d'équiantalgie entre la voie orale et la voie intraveineuse est de 1:3.

(18) Ces recommandations permettent de contrôler efficacement la douleur du cancer dans 80% des cas. Pour les 20% qui restent, il convient d'envisager d'autres méthodes telles que l'administration d'opioïdes par voie épidurale ou l'utilisation de la voie épidurale avec d'autres antalgiques locaux. On n'a pas à l'heure actuelle suffisamment d'informations pour recommander telle ou telle approche pour la voie épidurale.

(19) Les voies buccale, sublinguale, et nébulisée pour administrer la morphine ne sont pas recommandées vu le peu d'évidence concernant leur supériorité par rapport aux voies d'administration conventionnelles.

(20) L'utilisation d'autres opioïdes par la voie sublinguale ou transdermale peut constituer une alternative à l'injection sous-cutanée.