Cicely Saunders a, la première, décrit le caractère multi-dimensionnel de la douleur du mourant ("total pain" ou "douleur totale"). L'usage veut maintenant que l'on parle de "douleur" lorsque l'on évoque les symptômes physiques, et de "souffrance" lorsque l'on évoque de façon plus générale les difficultés rencontrées à l'approche de la mort. Cette souffrance "totale" en fin de vie est, à la fois, physique, psychologique, sociale et spirituelle.
1) La souffrance physique est souvent faite de douleurs et d'autres symptômes organiques, dans un contexte d'inconfort et d'altération de l'état général.
La douleur cancéreuse, la plus fréquente, emprunte des mécanismes divers mais non exclusifs entre eux qui en font souvent le symptôme majeur. Mal corrigée, elle est source d'épuisement de l'organisme et, secondairement, d'enfermement psychologique et intellectuel au point que son traitement fait figure de sésame dans la restitution d'un "minimum physique", lui-même condition obligée d'une "libération psychique" du sujet.
Nombre d'affections mortelles s'accompagnent, par ailleurs, de symptômes propres dont certains sont spécifiques d'une évolution terminale et dont la maitrise, autant que faire se peut, requiert des traitements symptomatiques bien différents, sinon contraires, à ceux de leur cause, réputée dépassée. Il y a là une spécificité des traitements en fin de vie.
2) La souffrance psychologique traduit la réaction de l'être sensible à l'information, ou à la perception, de la mort prochaine.
Elisabeth Kübler-Ross a beaucoup contribué, dans son livre "On Death and Dying" ("Les derniers instants de la vie") à éclaircir le cheminement psychologique du mourant, en identifiant cinq "stades du mourir" :
3) La souffrance socio-familiale. Dans une tension vers l'avenir qui caractérise la société moderne, tous - à commencer par le malade lui-même - anticipent une mort déclarée inéluctable. Le diagnostic fatal précipite le malade incurable dans une mort virtuelle prématurée qu'il ne lira que trop bien dans le regard des soignants, des siens et de la société. Il devra alors, à la fois, endurer d'être repoussé de la communauté des vivants, envisager la séparation d'avec les siens et abandonner toute position sociale ... autant d'"évidences" confirmées par sa propre constatation d'une dépendance physique croissante.
4) La souffrance "spirituelle" ne doit pas être réduite à des questionnements religieux qui n'en sont qu'un aspect facultatif. Plus globalement, il faudrait parler de questionnement existentiel relatif au sens de la vie en général, au sens de son existence en particulier et, parfois de doute quant à l'adéquation entre les deux. Ainsi compris, le vécu existentiel du mourant recouvre de multiples souffrances : souffrance de ne plus être considéré comme une personne vivante, interrogations sur le sens de la vie, doutes sur le sens de son existence, regrets quant à sa propre gestion de sa vie ...