SOINS PALLIATIFS : LA
TOUX
Docteur Jean-Louis Béal
La Mirandière
Dans certaines séries, plus de 70 % des
malades présentant un cancer bronchique au stade terminal
toussent (1), 50 % des patients en fin de vie. Ce dernier chiffre me
parait surévalué.
La toux est un
mécanisme réflexe protecteur
des voies respiratoires avec des récepteurs au niveau des
voies aériennes (mais aussi sur les séreuses pleurales
et péricardiques, le diaphragme), une voie afférente
(les nerfs trijumeauV, glosso-pharyngienIX, vagueX), un centre de la
toux (au niveau du bulbe), une voie efférente vers le
diaphragme, les muscles expiratoires et la glotte.
Au cours d'une affection aigue, le traitement vise
essentiellement à éliminer la cause. Cependant, la toux
chronique doit être l'objet également d'un traitement
symptomatique car :
La toux peut être très
pénible.
- Elle perturbe le sommeil
- Elle gène l'alimentation.
- Elle peut être à l'origine
d'hémorragies conjonctivales, nasales voire
méningées.
- Elle peut provoquer ou aggraver des
douleurs.
- L'augmentation de la pression thoracique, en
génant le retour veineux, peut causer une syncope.
Ce symptôme doit donc être pris en
compte.
La prise en charge passe d'abord par la
recherche des causes.
- le développement tumoral (obstuction,
fausses routes, lymphangite carcinomateuse, fistules
oeso-trachéales, etc.)
- les traitements (conséquence de la
radiothérapie ou de la chimiothérapie comme la
bléomycine, responsable de fibrose pulmonaire) (autres
traitements comme les IEC)
- d'autres affections (infections des voies
aériennes, insuffisance ventriculaire gauche, asthme,
reflux gastro-oesophagien, etc.) (1).
Certaines de ces causes relèvent de
traitements spécifiques
étiologiques :
- radiothérapie en cas de compression des
voies aériennes par la tumeur,
- corticoïdes en présence d'une
lymphangite carcinomateuse,
- endoprothèse oesophagienne et
eventuellement trachéale en cas de fistule
oesotrachéale,
- antibiothérapie probabiliste en cas
d'infection,
- diurétique en cas d'oedème
pulmonaire,
- bronchodilatateur en cas de spasme bronchique,
etc.
Mais, même si un traitement
étiologique est disponible, les traitements symptomatiques doivent presque toujours être utilisés. La
thérapeutique est alors différente selon que la toux
est sèche ou productive.
En présence d'une toux
productive :
- Si le patient n'est pas épuisé,
le recours à l'humidification, aux fluidifiants et à
la kinésithérapie respiratoire (si elle n'est pas
douloureuse) est utile ;si l'encombrement persiste, une aspiration
peut être nécessaires (2).
- Par contre, les agents asséchant le
mucus (anticholinergiques) peuvent être indiqués pour
des patients en phase terminale ou en mauvais état
général avec des troubles de la conscience et une
impossibilité d'expectorer (il faut alors
impérativement arrêter les aérosols).
- Pour les autres patients, assécher les
secrétions peut majorer la gène à expectorer
et le risque d'une surinfection (3).
En cas de toux non productive, le recours aux antitussifs est nécessaire.
- les antitussifs
antihistaminiques (dans de nombreuses
associations dont le Théralène° et le
Toplexil°)
- les antitussifs
opiacés
- le dextromethorphane (60
à 120 mg/j, en plusieurs prises) (Tuxium° capsules
à 30 mg, Tussifed° en association avec un
antihistaminique...). C'est un antitussif opiacé se
distinguant des autres opiacés par une action
dépressive respiratoire et une somnolence moindre
- la noscapine
est un alcaloïde de l'opium,
présent dans le Tussisédal°
- le phosphate de
codéine et ses
dérivés, la codéthylline (Humex
Fournier°...) et la Pholcodine
(Codotussyl°,
Dénoral°, Trophirès°...) sont
présents dans de très nombreuses associations. A la
dose de 30 mg toute les 4 heures, la codéine permet un
traitement antalgique et antitussif concomitant. Aussi a-t-elle la
préférence de beaucoup d'équipes (1).
Remarque : attention aux associations aux antalgiques agonistes
partiels ou agonistes-antagonistes de la morphine.
Tous les opiacés ont un effet antitusif
central, observable quelque soit la voie d'administration.
Si le patient est morphinique, on peut augmenter
la dose jusqu'au soulagement de la toux ou l'apparition d'un effet
secondaire limitant.
- Nous utilisons aussi un antitussif non opiacé,non
antihistaminique
- le clobutinol
(silomat°) ; contre indication :
épilepsie ; association possible avec un
agoniste-antagoniste partiel
- Des aérosols
peuvent également être
utilisés :
- avec des
anesthésiques locaux,
lidocaïne (Xylocaine°)
à raison de 5 ml d'une solution
à 2% bupivacaïne
(Marcaïne°) à raison
de 5 ml d'une solution à 0,25% (maximum 30 ml par 24 h).
Mais ils peuvent engendrer des fausses routes par
anesthésie pharyngée. L'effet antitusif est plus
long que l'effet anesthésique. Il n'ont pas d'indication
officielle dans cette indication et les études restent
à faire pour évaluer leurs résultats sur des
toux rebelles et les protocoles à employer
(régulièrement ou à la demande...)
(4-5).
- avec des corticoïdes notament
pour les toux faisant suite à la pose de
prothèses.
- Nous avons également utilisé des
aérosols de morphine
dans le cas de toux rebelles avec de
bons résultats. Il est décrit des risques de
bronchospasmes, surtout à fortes doses.
Conclusion
La toux est un symptôme fréquent,
génant, parfois difficile à traiter et pourtant peu
cité dans les symptômes habituels de la fin de
vie.
Deux points sont spécifiques aux soins
palliatifs :
- l'augmentation des morphiniques en
présence d'une toux
- les précautions d'emploi à
respecter entre la plupart des antitussifs et les antalgiques
agonistes antagonistes partiels.
Bibliographie
1- Dudgeon DJ et
Roenthal S "Management of dyspnea and cough in patients with
cancer" - Pain Palliat Care
1996 ; 10
(1) : 157-171.
2- Mazzocato C et
Steiner N "Contrôle des symptômes en soins palliatifs :
la dyspnée terminale" - Med Hyg
1992 ; 50 : 1164-1170.
3- Richard MS et
Bertolino M "La dyspnée en soins palliatifs" - Les annales de soins palliatifs. Le soulagement des
symptômes et l'approche palliative 1995 ; coll Amaryllis
4- Rousseau P
"Nonpain symptom management in terminal care" - Clin Geriatr Med 1996 ;
12 (2) :
313-327.
5- Davis C "Place
des aérosols dans le soulagement des symptomes respiratoires
dans le cancer" - European Journal of
Palliative Care 199 ; 2 (1) : 9-15.