Charte des Personnels de la Santé

Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé

... / ... III ) La Mort

114. Pour le professionnel de la santé, servir la vie c'est l'assister jusqu'à son déclin naturel. La vie est entre les mains de Dieu. Il en est le Seigneur, Lui seul en dicte l'instant final. Tout fidèle serviteur veille sur l'accomplissement de la volonté de Dieu en la vie de tout homme confié à ses soins. Il ne se considère pas l'arbitre de la mort, ni l'arbitre de la vie de qui que ce soit.

Les malades en phase terminale

115. Quand l'état de santé se détériore de manière irréversible et mortelle, l'homme entre dans la phase terminale de son existence terrestre. Sa vie devient particulièrement et progressivement plus difficile et plus précaire. Au mal et à la souffrance physique s'ajoute le drame psychologique et spirituel du détachement que la mort entraîne et comporte.

Le malade en phase terminale est une personne en demande d'accompagnement humain et chrétien; les médecins et les infirmières sont appelés à lui apporter leur contribution qualifiée et inaliénable.

Il s'agit de mettre en oeuvre une assistance sanitaire, particulière au mourant, car dans sa mort l'homme doit être en mesure de se reconnaître vivant et de le vouloir. " Plus que jamais, à l'article de la mort et dans la mort elle-même, il convient de célébrer et d'exalter la vie. Celle-ci doit être pleinement respectée, protégée et assistée, même chez ceux qui en vivent la conclusion naturelle... L'attitude devant le malade en phase terminale est souvent la pierre de touche du sens de la justice et de la charité, de la noblesse d'âme, de la responsabilité et de la capacité des professionnels de la santé, à commencer par les médecins ".

116. La mort appartient à la vie comme son ultime phase. On doit donc la soigner comme tout autre moment de la vie. Elle interpelle la responsabilité thérapeutique du professionnel de la santé au même titre, et dans la même mesure, que tout autre événement de la vie humaine.

Le mourant, ne quitte pas le lieu d'hospitalisation en tant que " condamné " , sans espoir de guérison; il ne peut être abandonné à sa solitude et à celle de sa famille, mais doit être confié aux soins d'autres médecins et infirmières. Ces derniers, en s'intégrant et en intervenant par l'assistance d'aumôniers, d'assistants sociaux, de bénévoles, des parents et des amis, permettent au mourant d'accepter sa mort et de la vivre. Aider une personne à mourir c'est l'aider à vivre avec intensité l'ultime expérience de sa vie. Lorsque cela est possible, et que l'intéressé l'agrée, il faut lui donner la possibilité de finir ses jours en famille avec une assistance sanitaire adéquate.

117. On doit procurer au malade en phase terminale les traitements médicaux susceptibles d'alléger le côté pénible de la mort. C'est dans cette perspective que rentrent les soins palliatifs ou symptomatiques.

Les premiers soins consistent en une " présence affectueuse " auprès du mourant. C'est une présence spécifiquement médico-sanitaire, laquelle, sans lui faire illusion, lui donne conscience d'être en vie, d'être une personne parmi les autres, bénéficiaire, comme tout être dans le besoin, et en demande d'attention et de prévenance. Cette présence attentive et prévenante, inspire confiance et espérance chez le malade et le réconcilie avec la mort. C'est un apport unique que les infirmières et les médecins, par leur comportement humain et chrétien, avant même leur compétence, doivent et sont en mesure d'accorder au mourant, afin qu'au refus succède l'acceptation, et que l'espérance prévale sur l'angoisse.

On soustrait ainsi la mort humaine au " phénomène de la médicalisation " qui impose à la phase terminale de la vie " de se dérouler dans des milieux surpeuplés et bruyants, sous le contrôle d'un personnel médico-sanitaire préoccupé davantage de l'aspect biophysiologique de la maladie ". Tout ceci " est perçu de manière croissante comme peu respectueux du contexte humain de la personne souffrante ".

118. " Devant le mystère de la mort, on reste impuis-sant; les certitudes humaines chancellent. Mais c'est justement devant cet échec que la foi chrétienne se présente comme une source de sérénité et de paix.. Ce qui semblait dépourvu de sens acquiert signification et valeur ".

Quand un tel " échec " a lieu dans la vie d'une per-sonne, en cette heure décisive de son existence, le témoignage de foi et d'espérance en Jésus-Christ du professionnel de la santé a un rôle déterminant. En effet, il ouvre de nouveaux horizons de résurrection et de vie, à celui qui voit se fermer les perspectives de l'existence terrestre.

" Au-delà de tous les réconforts humains, personne ne peut ignorer l'aide considérable apportée aux mourants et à leurs familles par la foi en Dieu et l'espérance en une vie éternelle ". Être une présence de foi et d'espérance représente pour les médecins et les infirmières la plus haute forme d'humanisation de la mort. Ceci va au-delà du soulagement d'une souffrance. C'est s'employer par ses propres soins à " faciliter au malade la venue de Dieu ".

Mourir avec dignité

119. Le droit de vivre se précise chez le malade en phase terminale comme un " droit de mourir en toute sérénité, dans la dignité humaine et chrétienne ".

Ceci ne veut pas dire le pouvoir de se donner ou de se faire donner la mort, mais de vivre humainement et chrétiennement sa mort et de ne pas la fuir " à tout prix ". Ce droit a fini par arriver à la conscience claire de l'homme d'aujourd'hui pour le protéger, au moment de la mort contre " une technicité qui risque de devenir abusive ".

La médecine actuelle dispose, en effet, de moyens susceptibles de retarder artificiellement la mort, sans que le patient n'en retire un bénéfice réel. Il est simplement maintenu en vie ou on réussit seulement à prolonger sa vie, au prix de nouvelles et pénibles souffrances. Il s'agit ici de " l'acharnement thérapeutique ", qui consiste dans " l'usage de moyens particulièrement épuisants et pénibles pour le malade, qui le condamnent, en fait, à une agonie prolongée artificiellement ". Ceci est contraire à la dignité du mourant et au devoir moral de l'acceptation de la mort et de la poursuite ultime de son cours. " La mort est un fait inévitable de la vie humaine ": on ne peut la retarder inutilement, en la fuyant par tous les moyens.

120. Conscient de n'être " ni le maître de la vie, ni le maître de la mort " le professionnel de la santé, dans l'évaluation des moyens " doit faire les choix opportuns, c'est-à-dire, s'en rapporter au patient, et agir en fonction de ses conditions réelles ".

C'est ici que s'applique le principe - énoncé précédemment - de la " proportionnalité dans les soins " qui se précise ainsi : " Dans l'imminence d'une mort inévitable, en dépit de tous les moyens utilisés, il est licite, en conscience, de prendre la décision de renoncer aux traitements qui procureraient uniquement une prolongation précaire et pénible de la vie, sans toutefois interrompre les traitements habituels dûs aux malades en des cas semblables. C'est pourquoi, le médecin n'a aucune raison d'être angoissé comme s'il n'avait pas prêté assistance à une personne en danger ".

L'alimentation et l'hydratation, même artificielles, rentrent dans les cures normales toujours dues au malade quand elles ne sont pas dangereuses pour lui: leur suspension indue pourrait revêtir la signification d'une véritable euthanasie.

121. Il ne s'agit pas pour le médecin et ses collaborateurs de décider de la vie ou de la mort d'un individu. Il s'agit simplement d'être médecin, c'est-à-dire, de s'interroger et de décider en science et conscience, du traitement respectueux de la vie et de la mort du malade qui lui est confié. Cette responsabilité n'exige pas toujours et à tout prix, de recourir à tout moyen. Elle peut même demander d'y renoncer, en vue d'une acceptation sereine et chrétienne de la mort inhérente à la vie. Elle peut encore signifier le respect de la vo-lonté du malade qui refuse l'utilisation de ces moyens.

L'usage des analgésiques chez les malades en phase terminale

122. Parmi les traitements à procurer au malade en phase terminale il faut ajouter l'administration d'analgésiques. Ils favorisent une évolution moins dramatique, et concourent à l'humanisation et à l'acceptation de la mort.

Ceci, pourtant, ne constitue pas une norme générale de comportement. On ne peut, en effet, imposer à tous un " comportement héroïque ". Par ailleurs, bien des fois, " la douleur diminue la force morale " de la personne : les souffrances " aggravent son état de faiblesse et d'épuisement physique, s'opposent à l'élan de l'âme et usent ses forces morales au lieu de les soutenir. Au contraire, la suppression de la douleur procure une re-laxation de l'organisme et du psychisme, qui facilite la prière et rend possible un don plus généreux de soi-même ".

" La prudence humaine et chrétienne suggère chez la plupart des malades l'usage des médicaments visant à calmer ou supprimer la douleur, même au prix d'une certaine torpeur et d'une moindre lucidité. Quant à ceux qui ne sont pas capables de s'exprimer, on pourra raisonnablement présumer qu'ils désireraient prendre ces calmants et on les leur administrera selon les conseils du médecin ". L'usage des analgésiques chez les mourants, cependant, n'est pas exempt de difficultés.

123. Avant tout, leur utilisation peut avoir pour effet, outre le soulagement de la douleur, également l'anticipation de la mort.

Quand " des raisons proportionnées " l'exigent " il est permis d'utiliser avec modération des narcotiques qui soulageront les souffrances, mais qui entraîneront aussi une mort plus rapide ". Dans ce cas, " la mort n'est voulue ou recherchée en aucune manière, bien qu'on en encoure le risque pour une cause raisonnable: on entend simplement calmer la douleur de manière efficace, par l'usage, à cet effet, des analgésiques dont la médecine dispose ".

124. En outre, existe l'éventualité de provoquer au moyen des analgésiques, la suppression de la conscience chez le mourant. Cet emploi mérite une considération particulière. " Il ne faut pas, sans des raisons graves, priver le mourant de sa conscience ". Parfois, le recours systématique aux narcotiques qui réduisent le malade à l'inconscience cache un désir, souvent inconscient, chez les professionnels de la santé, de ne pas maintenir une relation avec le mourant. De sorte que l'on ne cherche pas tant à soulager la souffrance du malade, mais plutôt les inconvénients résultant de son état. On prive le mourant de la possibilité de " vivre sa propre mort ", en le plongeant dans une inconscience indigne d'un être humain. C'est la raison pour laquelle l'administration des narcotiques dans le seul objectif d'éviter au mourant une fin consciente est une " pratique vraiment déplorable ".

Bien différente, l'indication clinique, sérieuse et motivée, en faveur de l'utilisation d'analgésiques suppresseurs de la conscience, dans le cas de douleurs violentes et insupportables. Ici, l'anesthésie peut être considérée comme licite, mais à des conditions préalables: si le mourant a satisfait ou pourra encore accomplir ses devoirs moraux, familiaux et religieux.

La vérité due au mourant

125. La vérité sur le diagnostic et le pronostic à révéler au mourant, et plus généralement, à ceux qui sont atteints d'un mal incurable, pose un problème de communication.

La perspective de la mort en complique et en dramatise la notification, mais ne dispense pas de la véracité. La communication entre le mourant et ses assistants ne peut s'en tenir à la fiction. Celle-ci ne constitue jamais une possibilité humaine pour le mourant et ne contribue pas à l'humanisation de la mort.

Il existe un droit pour la personne d'être informée sur son propre état de vie. Ce droit ne disparaît pas en présence d'un diagnostic et d'un pronostic de maladie qui entraîne la mort, mais il comporte des motivations ultérieures.

En effet, à cette information correspondent d'importantes responsabilités auxquelles on ne peut se soustraire. Il y a des responsabilités liées aux traitements qui doivent être exécutés avec le consentement informé du patient.

L'approche de la mort comporte la responsabilité d'accomplir des tâches précises concernant les rapports avec la famille, la mise en ordre d'éventuelles questions professionnelles, la résolution de différends avec des tierces personnes. Pour un croyant, l'approche de la mort exige qu'il soit dans la condition voulue pour poser certains actes en toute conscience, surtout celui de sa réconciliation avec Dieu par le sacrement de la Pénitence.

On ne peut abandonner à l'inconscience une personne à l'"heure" décisive de sa vie, en la soustrayant à elle-même et à ses ultimes et plus importantes décisions. " La mort représente un moment trop essentiel pour en éviter la perspective ".

126. Le devoir de la vérité au malade en phase terminale exige du personnel soignant discernement et tact humain.

Il ne peut consister en une communication détachée et indifférente du diagnostic de la maladie et de son pronostic. La vérité ne doit pas être sous-entendue mais ne doit pas non plus être notifiée dans sa froide et nue réalité. Elle doit être dite en s'ajustant sur la longueur d'onde de l'amour et de la charité, en invitant tous ceux qui assistent le malade à quelque titre à y adhérer en pleine harmonie.

Il s'agit d'établir avec le malade une relation de confiance, d'accueil et de dialogue qui sait trouver les moments et les paroles; lors d'une conversation qui sait discerner et respecter les temps du malade et s'y adapter. C'est adopter un langage qui sait accueillir les demandes et aussi les susciter pour les orienter progressivement vers la connaissance de son état. Celui qui veut être présent au malade et sensible à son sort, sait trouver les paroles et les réponses qui permettent de communiquer en vérité et en charité: " en faisant la vérité dans la charité ".

127. " Chaque cas singulier a ses exigences en fonction de la sensibilité et des capacités de chacun, de la relation avec le malade et de l'état de ce dernier; en prévision de ses réactions éventuelles (rébellion, dépression, résignation, etc..); on se préparera à l'aborder dans le calme et avec tact ". L'important n'est pas dans l'exactitude des paroles, mais dans la relation solidaire avec le malade. Il ne s'agit pas seulement de transmettre des données cliniques mais de communiquer des valeurs.

Dans cette relation, la perspective de la mort n'est plus inéluctable, elle perd de son pouvoir angoissant, le patient ne se sent pas abandonné et condamné à la mort. La vérité qui lui est ainsi communiquée ne le ferme pas à l'espérance, elle lui fait prendre conscience d'être en vie, dans une relation de partage et de communion. Il n'est pas seul avec son mal: il se sent compris en vérité, réconcilié avec lui-même et avec autrui. Sa vie, en dépit de tout, a un sens, et se déploie sur un horizon de valeurs authentiques qui transcendent la mort.

Le moment de la mort

128. L'emploi de techniques de réanimation et le besoin en organes vitaux pour la chirurgie de trans-plantation posent, de manière nouvelle, aujourd'hui, le problème du diagnostic de l'état de mort. La mort est regardée et éprouvée par l'homme comme une décomposition, une dissolution, une rupture." Elle survient quand le principe spirituel qui préside à l'unité de l'individu ne peut plus exercer ses fonctions sur l'organisme et dans l'organisme dont les éléments abandonnés à eux-mêmes, se dissocient. Certes, cette destruction n'atteint pas l'être humain tout entier. La foi chrétienne - elle n'est pas la seule - affirme la persistance, au-delà de la mort, du principe spirituel de l'homme ". La foi entretient chez le chrétien l'espérance de " retrouver son intégrité personnelle transfigurée et définitivement possédée en Christ".

Cette foi riche d'espérance n'exclut pas que " la mort soit une rupture douloureuse ". Mais, " l'instant de cette rupture n'est pas directement perceptible et le problème consiste à en identifier les signes ".

La constatation et l'interprétation de ces signes n'est pas de la pertinence de la foi et de la morale mais de la science médicale: " c'est au médecin que revient de donner une définition claire et précise de la mort et de l'instant de la mort ". " Les scientifiques, les analystes et les érudits doivent poursuivre leurs recherches et leurs études pour déterminer de la manière la plus exacte l'instant précis de la mort et son signe irrécusable ". Cette détermination acquise, c'est à sa lumière que se résolvent les questions et les conflits suscités par les nouvelles technologies et par les nouvelles possibilités thérapeutiques. La morale, en effet, ne peut pas ne pas reconnaître la détermination biomédicale comme un critère décisif.

129. En entrant au coeur de cette détermination l'Académie Pontificale des Sciences a donné une contribution autorisée. Avant tout, à la définition biomédicale de la mort: " une personne est morte quand elle a subi une perte irréversible de chaque capacité d'intégration et de coordination des fonctions physi-ques et mentales du corps ".

En second lieu, à la précision du moment de la mort " la mort survient quand: a) les fonctions spontanées du coeur et de la respiration ont cessé définitivement, ou bien b) si est constatée la cessation irréversible de chacune des fonctions cérébrales ". En réalité, " la mort cérébrale est le vrai critère de la mort, puisque l'arrêt définitif des fonctions cardiorespiratoires entraîne très rapidement la mort cérébrale ".

La foi et la morale font leurs ces conclusions de la science. Elles exigent, cependant, de la part des profes-sionnels de la santé, un emploi plus précis des différentes méthodes cliniques et instrumentales en vue d'un diagnostic sûr de la mort, afin de ne pas déclarer qu'une personne est morte et de la traiter comme telle alors qu'elle ne l'est pas.

L'assistance religieuse du mourant

130. La crise, que l'approche de la mort comporte, invite le chrétien et l'Eglise à se faire porteurs de la lumière de vérité, que seule la foi peut donner sur le mystère de la mort.

La mort est un événement qui introduit dans la vie de Dieu, sur lequel la révélation seule peut prononcer une parole de vérité. Cette vérité est annoncée au mourant, dans la foi. L'annonce " pleine de grâce et de vérité " de l'Evangile accompagne le chrétien dès le début de la vie jusqu'à son trépas. La dernière parole de l'Evangile c'est la parole de vie qui vainc la mort et ouvre la mort humaine à l'espérance la plus grande.

131. Il faut donc évangéliser la mort: annoncer la mort au mourant. C'est un devoir pastoral de la communauté ecclésiale et de chacun de ses membres, en fonction de la responsabilité de chacun. Une tâche particulière incombe à l'aumônier de santé, appelé de manière toute particulière à veiller à la pastorale des mourants dans le milieu plus vaste de celui des malades.

Pour lui, cette tâche requiert, non seulement son en-gagement personnel auprès des mourants confiés à ses soins, mais aussi la promotion de la pastorale au plan de l'organisation des services religieux, la formation et la sensibilisation des professionnels de la santé, et l'im-plication de la famille et des amis.

L'annonce de l'Evangile au mourant trouve dans l'exercice de la charité, la prière et les sacrements, des modes d'expression à réaliser et à privilégier.

132. La charité exprime cette présence de don et d'accueil qui crée une communion effective avec le mourant, communion faite d'attention, de compréhension, de prévenances, de patience, de partage, de gratuité.

La charité voit en lui, comme en aucun autre, le visage du Christ souffrant et mourant qui l'invite à l'amour. La charité envers le mourant - ce " pauvre "qui est en train de renoncer à tous les biens de ce monde - est une expression privilégiée de l'amour de Dieu dans le prochain (cf. Mt 25, 31-40).

L'aimer en toute charité chrétienne c'est l'aider à reconnaître la mystérieuse présence de Dieu à ses côtés et la lui rendre vivante: dans la charité du frère transparaît l'amour du Père.

133. La charité ouvre le mourant à la prière, c'est-à-dire, à la communion avec Dieu. En elle, il est relié à Dieu comme au Père qui accueille ses enfants revenant à Lui.

Favoriser la prière chez le mourant et prier avec lui c'est l'ouvrir aux horizons de la vie en Dieu. C'est donc, en même temps, entrer dans cette " communion des saints " où se nouent sur un mode nouveau tous les liens que la mort semble rompre irrémédiablement.

134. Le moment privilégié de la prière avec le mourant c'est la célébration des sacrements: les signes, pleins de grâce, de la présence salvifique de Dieu.

Le sacrement de l'Onction des Malades, par lequel l'Esprit Saint parachève chez le chrétien l'assimilation au Christ, initiée au Baptême, le rend, par dessus tout, participant définitivement de la victoire pascale sur le mal et sur la mort.

Le Viatique, c'est l'aliment eucharistique, le pain de la communion avec le Christ, qui donne au mourant la force d'aborder l'étape ultime et décisive du chemin de la vie.

La Pénitence, c'est le sacrement de la réconciliation: en paix avec Dieu, le mourant est en paix avec lui-même et avec son prochain.

135. Dans cette foi remplie de charité, l'impuissance devant le mystère de la mort n'est pas subie comme angoissante et paralysante. Le chrétien trouve l'espérance et en elle la possibilité, en dépit de tout, de vivre sa mort et non de la subir.

La suppression de la vie

136. L'inviolabilité de la vie humaine signifie et implique enfin le caractère illicite de tout acte directement suppressif. " L'inviolabilité du droit à la vie de l'être humain innocent " de la conception à la mort " est un signe et une exigence de l'inviolabilité même de la personne, à laquelle le Créateur a fait le don de la vie ".

Dieu lui-même " se dresse en défenseur de chaque vie innocente " : " Je demanderai compte de la vie de l'homme à l'homme, et à chacun de celle de son frère "(Gen 9, 5; Mt 19, 18; Rom 13, 9). Son commandement est catégorique: " Tu ne tueras pas " (Ex 23, 7); " Tu ne feras pas mourir l'innocent et le juste, parce que moi je n'absous pas le coupable " (Ex 23, 7 ).

137. C'est pourquoi " personne ne peut attenter à la vie d'un homme innocent sans s'opposer à l'amour que Dieu a pour lui, sans violer un droit fondamental, inaliénable et auquel il est impossible de renoncer ".

Ce droit arrive à l'homme immédiatement de Dieu (non par d'autres: parents, société, autorité humaine). " Aussi, aucun homme, aucune autorité humaine, au-cune science, aucune "indication" médicale, eugénique, sociale, économique, morale, ne peut exhiber ou donner un titre juridique valide pour une disposition délibérée relative à une vie humaine innocente, c'est-à-dire, une disposition qui viserait à sa destruction, soit dans son objectif, soit au titre de moyen en vue d'un autre but qui, en soi, ne serait, peut-être, en rien illicite ". En particulier " rien et personne ne peut autoriser le meurtre d'un être humain innocent, foetus ou embryon, enfant ou adulte, vieillard, malade, incurable ou agonisant. Personne, par ailleurs, ne peut demander ce geste homicide pour soi-même ou pour un autre confié à sa responsabilité, ni ne peut y consentir, explicitement ou implicitement. Aucune autorité ne peut légitimement l'imposer ni le permettre. Il s'agit, en effet, d'une violation de la loi divine, d'une offense à la dignité de la personne humaine, d'un crime contre la vie d'un attentat contre l'humanité ".

138. " Ministres de la vie et jamais instruments de mort ", aux professionnels de la santé " incombe le devoir de protéger la vie, de veiller afin qu'elle évolue et se développe au cours de toute son existence, dans le respect du dessein tracé par le Créateur ".

Ce ministère vigilant de sauvegarde de la vie hu-maine réprouve l'homicide comme un acte moralement grave, en contradiction avec la mission médicale, et s'oppose à la mort volontaire, le suicide, comme " inacceptable " dissuadant quiconque en serait tenté.

Parmi les modalités de suppression de la vie, homicide ou suicide, il y en a deux - l'avortement et l'euthanasie - envers lesquelles le ministère doit être extrêmement vigilant et en un certain sens prophétique, en raison du contexte culturel et législatif trop souvent insensible, sinon favorable à leur diffusion.

L'avortement …/…

L'euthanasie

147. Une mentalité toujours moins encline à reconnaître la vie comme une valeur en soi, en rapport avec Dieu seul, indépendante de son mode d'être au monde; une conception de la qualité de la vie en termes d'efficience et de jouissance psychophysique, incapable de donner un sens à la souffrance et au handicap, qu'il faut éviter à tout prix, et par tous les moyens; une vision de la mort comme fin absurde d'une vie dont on veut encore jouir, ou comme une libération d'une existence considérée désormais privée de sens; tout ceci - au sein d'une culture qui fait abstraction de Dieu, rend l'homme seul responsable de soi, face à lui-même et aux lois de la société libéralement établies - est le terrain de culture de l'euthanasie. Où ces convictions se diffusent " peut apparaître logique et "humain" de mettre fin "doucement" à sa propre vie ou à la vie d'autrui, si cette vie ne réserve que des souffrances et des infirmités graves ".

" Mais ceci est en réalité, absurde et inhumain "." L'euthanasie est un acte homicide, que personne finalement ne peut légitimer. Par euthanasie, on entend " l'action ou l'omission qui, par sa nature ou dans ses intentions, procure la mort dans le but d'éliminer toute douleur. L'euthanasie se situe donc au niveau des intentions et des méthodes employées ".

La pitié, suscitée par la douleur et par la souffrance des malades en phase terminale, des enfants anormaux, des malades mentaux, des vieillards, des personnes atteintes de maux incurables, n'autorise aucune euthanasie directe, active ou passive. Ici, il ne s'agit pas d'aide apportée au malade, mais de meurtre délibéré d'un homme.

148. Le personnel médical et paramédical - fidèle à son devoir d'" être toujours au service de la vie et de l'assister jusqu'à la fin " - ne peut se prêter à aucune pratique d'euthanasie, même pas sur requête de l'intéressé, et encore moins de ses proches. En effet, aucun droit n'est accordé, à personne, quant à l'euthanasie, parce que aucun droit n'est donné qui permette de disposer arbitrairement de sa propre vie. Aucun professionnel de la santé ne peut donc se faire le tuteur exécutif d'un droit inexistant.

Tout autre, le cas déjà mentionné, du droit de mourir en toute dignité humaine et chrétienne. C'est un droit réel et légitime, que le professionnel de la santé est appelé à sauvegarder, en soignant le mourant et en acceptant la fin naturelle de la vie. Il existe une différence radicale entre " donner la mort " et " accepter la mort "; le premier est un acte qui supprime la vie, le second est son acceptation jusqu'à la mort.

149. " Les gémissements des malades gravement at-teints, qui parfois invoquent la mort, ne doivent pas être perçus comme l'expression d'une volonté expresse d'euthanasie; ce sont, en effet, presque toujours, des demandes angoissées d'aide et d'affection. Outre les soins médicaux, ce dont le malade a besoin c'est d'affection, de chaleur humaine, et surnaturelle, que doivent leur prodiguer tous ceux qui lui sont proches, parents et enfants, médecins et infirmières ".

Le malade qui se sait entouré d'une présence affectueuse, humaine et chrétienne, ne tombe pas dans la dépression et dans l'angoisse comme celui qui au contraire, se sentant abandonné à son destin de souffrance et de mort, demande d'en finir avec la vie. C'est pourquoi, l'euthanasie est une défaite pour qui la théorise, la décide et la pratique. L'euthanasie est tout autre qu'une démarche de pitié envers le malade, c'est un acte individuel et social, d'auto-commisération et la fuite d'une situation considérée comme insupportable.

150. L'euthanasie bouleverse le rapport médecin-patient. De la part du patient, qui s'en rapporte au médecin comme à celui qui peut lui assurer la mort. Du côté du médecin, puisqu'il n'est plus l'absolu garant de la vie: le malade doit redouter de sa part son arrêt de mort. Le rapport médecin-patient est une relation de fidélité de vie qui doit subsister.

L'euthanasie est un " crime " auquel les professionnels de la santé, toujours garants de la vie et de la vie seule, ne peuvent coopérer en aucune façon.

Pour la science médicale, elle marque " un temps de régression et d'abdication, ainsi qu'une offense à la di-gnité du mourant et à sa personne ". Son apparition, comme " dernier assaut de la mort après l'avortement " doit être entendu comme un " appel dramatique " à une fidélité effective et sans réserve envers la vie.

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